Chronique des matières premières
RFI
Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.
Les producteurs d'avocat au Mexique sont mobilisés pour faire remonter les prix
Episodios
Plus de 50 tonnes d'avocats ont été détruites pour des raisons sanitaires au Mexique. Ces fruits étaient destinés à l'exportation vers les États-Unis, mais se sont révélés infestés par des larves d'un insecte ravageur, le charançon. Cette découverte met en exergue des tiraillements entre différentes régions mexicaines, dans une configuration de marché très particulière. Depuis une dizaine de jours, les producteurs de la principale région productrice, celle du Michoacan, ne ramassent plus leurs fruits dans le but de faire remonter les prix : leur production s'annonce très abondante pour la deuxième année consécutive et les prix sur le marché où sont écoulés ces avocats, les États-Unis, sont devenus trop bas et peu rémunérateurs. Le blocage opéré par les producteurs du Michoacan a cependant été en partie contourné : ceux qu'on appelle les « packers » – qui achètent aux producteurs et conditionnent la marchandise pour l'exporter – ont réussi à faire entrer des avocats d'autres régions mexicaines qui n'ont pas rallié le mouvement de protestation et profitent du contexte pour vendre leurs fruits, c'est notamment le cas de la région de Jalisco. La découverte d'une infestation sur des cargaisons qui appartiennent à ceux qui ne jouent pas le jeu fait donc l'affaire des protestataires et prend à ce titre aussi une dimension politique. À lire aussiSandwich avocat sardine par Georgiana Viou Bras de fer pénalisant pour les États-Unis Les États-Unis ont tenu jusque-là grâce à leurs stocks, mais si le mouvement se poursuit, cela va devenir très compliqué. Même si le blocage s'arrêtait aujourd'hui, la relance de la récolte et la reprise des envois prendront du temps. Les producteurs devraient donc réussir à faire remonter les prix. À voir si cette hausse sera durable, ou simplement un artefact. La spécificité de ce commerce entre les deux pays, c'est que les prix sont constamment discutés. « Les négociations sont permanentes et quotidiennes », explique Éric Imbert, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), et concernent chaque semaine 20 à 30 000 tonnes d'avocats qui passent la frontière. À lire aussiAu Maroc, l'avocat sur le banc des accusés Une dépendance étonnante L'ultra-dépendance du marché états-unien explique aussi ces tensions récurrentes. On parle du premier marché au monde, 1,3 million de tonnes importées, à 90 % du Mexique. Grosso modo, quand l'offre mexicaine fait défaut, les Étatsuniens se retrouvent sans avocat. Malgré les risques de rupture liés à cette relation commerciale quasi-exclusive, le pays n'a pas assoupli sa règlementation. Cela veut dire aussi que les producteurs qui montent en puissance dans la filière, en Amérique du Sud ou en Méditerranée (Maroc et Israël notamment) vont devoir, dans les prochaines années, se concentrer sur le marché européen, l'autre grand bassin de consommation. Sur ce marché, les prix pourraient baisser, à terme, surtout si la consommation n'augmente pas. Elle est aujourd'hui de moins de 2 kilos par habitant et par an, contre 4 kilos aux États-Unis, et a donc une marge importante de progression, relève Éric Imbert. À lire aussiLa culture de l'avocat, une filière en surproduction que le marché européen peine encore à absorber
Les prix du cobalt ont fortement chuté depuis cet été après avoir flambé en 2025 sous l'effet des restrictions mises en place par la RDC, le premier producteur mondial. Ces prix en baisse montrent que la Chine est de nouveau approvisionnée, et qu'elle s'apprête encore à recevoir des cargaisons. Il faut avoir en tête que l'état de l'approvisionnement du marché chinois a un impact majeur sur les prix. Or les chiffres montrent qu'une partie de ce qui a été exporté par la RDC, sur les neuf premiers mois de l'année vers la Chine, a pris du retard pour arriver. Cela veut dire qu'il y a d'importants volumes encore dans le circuit logistique ou en transit, explique Tom Kavanagh, responsable de l'évaluation des prix des métaux pour l'Europe chez Argus Media. Au fur et à mesure que ces quantités arrivent dans les ports chinois, la tension de ces derniers mois diminue, logiquement. Ces volumes sont aussi perçus comme un rempart temporaire à d'éventuels changements de réglementation en RDC. L'ARECOMS, l'Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques, n'exclut pas en effet d'ajuster les quotas « si le déséquilibre entre l'offre et la demande devait s'aggraver », comme le rapporte le site mines.cd. Hausse du recyclage et faible demande Le recul des prix est aussi lié à d'autres facteurs tels que les progrès de l'industrie du recyclage. La Chine pourrait produire désormais 20 à 25 000 tonnes de cobalt recyclé chaque année. L'autre facteur de baisse des prix, c'est la demande jugée « atone », pour reprendre le mot utilisé par l'Institut du cobalt, qui représente les industriels du secteur. Les inquiétudes qui demeurent à court terme sur la production ne suffisent pas à stimuler les acheteurs chinois qui se montrent prudents. Peut-être parce que les stocks de certains produits sont excédentaires et doivent encore être consommés, pointe Tom Kavanagh. Tous ces facteurs se traduisent sur les prix : selon l'Institut du cobalt, l'hydroxyde de cobalt – la matière première exportée de RDC – a perdu près de 43 % entre juillet et mi-octobre. Sur la même période, un autre produit, le sulfate de cobalt, a perdu plus de 35 % – et la forme métallique du cobalt 16 %. L'Indonésie, facteur de baisse en 2027 ? La production indonésienne pèse aussi sur les prix. En 2026, les volumes devraient baisser selon l'Institut du cobalt en raison de l'augmentation du prix de l'acide sulfurique, un produit très utilisé dans le pays pour extraire le cobalt, sous-produit des mines indonésiennes de nickel. En raison des difficultés sur le marché du soufre depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les producteurs ont vu leur marge diminuer et certains ont levé le pied. Mais malgré ces incertitudes, Argus Media prévoit une augmentation des volumes qui seront mis sur le marché en 2027 et qualifie l'Indonésie de facteur « baissier majeur », pour les prix. Une hausse de la production mondiale de 30 000 tonnes est attendue l'année prochaine selon les industriels du secteur. Mais production ne veut pas dire exportation, la régularité des expéditions sera un facteur qui aura, toujours, un impact sur les cours. À lire aussiRDC: la baisse de la demande pèse sur les prix du cobalt congolais
À deux mois des fêtes de Noël, Paris vient d'accueillir le Salon du Chocolat. Les derniers mois de l'année sont, pour tous les chocolatiers, artisanaux ou industriels, des mois de forte activité. Mais cette année, l’inflation et l’augmentation des prix du cacao ont pesé sur les ventes. Un industriel, emblématique du secteur, a d’ailleurs été contraint de revoir sa croissance pour 2026. Lindt & Sprüngli, connu pour ses pralines Lindor et pour ses lapins dorés de Pâques, a été contraint de revoir fin septembre ses objectifs, – après une première révision en mars – et table maintenant sur une croissance entre 0 et 2 % en 2026. Lorsque les cours ont flambé en 2024 et 2025, certains industriels ont réduit leurs teneurs en cacao ou diminué la taille de leur tablette pour réduire leurs coûts. D'autres, comme le géant suisse, ont choisi de ne pas jouer sur la composition mais sur les prix avec des augmentations moyennes de 10 % en 2023, 6 % en 2024, et près de 20 % l'année dernière. Des augmentations « rendues nécessaires par les cours du cacao historiquement élevés », justifie Lindt & Sprüngli dans son communiqué du 29 septembre. Les consommateurs européens n'ont cependant pas suivi. Les achats ont baissé, en particulier en Allemagne, en Suisse et en Autriche, reconnaît le groupe. À lire aussiLes plantations de cacao sous la menace du phénomène climatique El Niño Erreur d'appréciation du marché L'industriel reconnaît, à l'occasion d'une interview donnée au média NZZ am Sonntag, avoir commis une erreur d'appréciation. Le président du groupe suisse confie avoir mal anticipé la réaction des clients face aux hausses de prix. Lindt & Sprüngli explique en substance avoir surestimé sa marge de manœuvre et ne pas avoir pensé que ses augmentations affecteraient à ce point la demande. « Pour certains consommateurs, nos produits sont tout simplement devenus trop chers », reconnaît Ernst Tanner, le président du conseil d'administration. « Le prix du cacao ne représente que 10 % des coûts, chez les industriels tels que Lindt & Sprüngli », rappelle un expert de la filière qui estime que le groupe a joué avec le feu, en pratiquant des hausses de prix démesurées qui n’étaient pas en phase avec l’augmentation des cours du cacao. Les limites du « Price Power » Ce choix de Lindt & Sprüngli n’a pas été sans conséquence. Le directeur général du groupe a été remercié et devrait être remplacé courant 2027 « pour renouer avec une croissance forte et soutenue », selon les termes officiels. Les filiales en Allemagne et en Autriche changeront aussi de direction. Quant à l’action du groupe, elle a perdu 25 % cette année. Au-delà de ces chiffres, les aventures du géant suisse sont l'illustration que la réputation d'une marque, aussi bonne soit-elle, a ses limites. « Ils se sont crus trop forts mais n'ont pas été protégés par leur nom », résume notre interlocuteur qui voit là une limite du « Price Power » du groupe, autrement dit de sa capacité à imposer son prix, qui était jusque-là un de ses grands atouts. Reste à savoir si les clients qui n'ont pas acheté se sont reportés sur un autre produit ou si les consommateurs, touchés par l’inflation et notamment par l’augmentation des prix à la pompe, ont tout simplement renoncé, en attendant les prochaines promotions du géant suisse. À écouter dans 8 milliards de voisinsDe la production de cacao à sa transformation : un chocolat africain est-il possible?
Le fer, essentiel à la fabrication de l'acier, a vu son prix tomber au plus bas depuis plus de deux ans. Plusieurs fois ces derniers jours, les cours sont passés sous la barre des 90 dollars la tonne. Cette baisse s'explique par une combinaison de deux facteurs essentiellement, l'offre et la demande. La demande mondiale en fer a tendance à diminuer, en particulier en Chine, le premier acheteur mondial – qui absorbe les deux tiers du fer commercialisé par voie maritime. Dès que les usines sidérurgiques chinoises qui transforment le minerai en acier baissent leur activité, cela finit par se reporter sur les cours du fer. Les chiffres de cette année montrent que la production locale d'acier s'essouffle : sur les neuf premiers mois de l'année 2026, les volumes produits ont été les plus bas depuis 2018, et ce en raison de la morosité des secteurs de l'immobilier et de l'automobile. À ce contexte mondial, il faut ajouter une demande d'acier traditionnellement faible en novembre-décembre et des stocks portuaires chinois élevés : ils ont progressé de 14% sur un an selon l'agence de presse Reuters, ce qui ne stimule pas les achats, au contraire. Une offre importante à court terme En face, l'offre mondiale ne fait que grossir. Les livraisons des quatre principaux groupes miniers – dont Rio Ttinto et BHP – sont attendues en hausse au quatrième trimestre. Une abondance à laquelle contribue, en particulier, la mine géante de Simandou, entrée en exploitation il y a moins d'un an en Guinée. Tous ces facteurs pourraient maintenir les prix au niveau actuel, voire les tirer encore un peu plus bas à court terme. Mais à moyen terme, « tout le monde nage dans l'incertitude » confie Jean-Paul Mermet, directeur d'AC3A, cabinet spécialisé dans le trading d'acier et d'aluminium, qui évoque un « marché de l'acier et de l'aluminium d'une volatilité inouïe » dans lequel les acheteurs s'engagent sur des périodes de plus en plus courtes, faute de pouvoir faire des projections. « Ce qui est vrai un jour ne l'est plus le lendemain », résume l'expert. Conséquences au Brésil La baisse actuelle des prix a de multiples conséquences, notamment au Brésil, le deuxième fournisseur mondial. Plusieurs petits producteurs brésiliens indépendants ont décidé de limiter leur production et parfois même de mettre au chômage une partie de leurs employés : leurs marges sont devenues trop basses avec la hausse des coûts du transport maritime. Sur la route Brésil-Chine, le coût d'un navire chargé de minerai de fer était deux fois plus élevé en septembre qu'il y a un an. Indirectement, les cours ont eu un impact aussi sur la vente d'un des principaux ports minéraliers du Brésil. La faiblesse des prix a pesé sur les offres d'achat jugées insuffisantes pour les vendeurs, qui en attendaient 30% de plus, selon les vendeurs. La vente a été suspendue en attendant que les perspectives économiques du secteur soient meilleures. À lire aussiLes prix du minerai de fer orientés à la baisse encore pour plusieurs années
La dégradation des relations commerciales entre la France et l'Algérie se matérialise de différentes manières, et notamment par les exportations françaises de céréales vers son voisin méditerranéen qui ont chuté à un niveau proche de zéro. Il est aujourd'hui question de restrictions sur les exportations d'engrais dans l'autre sens, de l'Algérie vers la France. C'est un produit qui s'échange entre la France et l'Algérie mais dont on parle peu : l'urée, un engrais azoté qui participe à l'amélioration du rendement des cultures. Le syndicat des distributeurs et fabricants d'engrais de mélange français (Afcome) a été alerté depuis deux semaines, par plusieurs de ses membres, de l'existence de restrictions commerciales : un des plus gros producteurs algériens d'urée aurait demandé à plusieurs traders de ne plus vendre leurs cargaisons à des acheteurs français. Une demande qui est même spécifiée dans les contrats, sous forme de clause. L'information est confirmée par l'agence Reuters qui s'appuie sur trois sources diplomatiques. « Les données douanières d'importation sont généralement accessibles avec un décalage de deux mois, explique Emmanuel Nizon, responsable des affaires publiques chez Afcome. Il faudra donc attendre pour confirmer la réalité de ces limitations au commerce de l'urée. » Aucune trace officielle Pour l'heure, aucune confirmation officielle de l'État algérien ne permet de dire que ces mesures existent et qu'elles émanent d'une décision gouvernementale. « Rendre publique une telle mesure pourrait potentiellement contrevenir à l'accord de libre-échange entre l'Algérie et l'Union européenne » avance un expert du secteur, en guise d'explication. De manière plus générale, les milieux économiques français disent ressentir une discrimination à leur égard de la part de leurs partenaires algériens. Une source diplomatique française évoquait, il y a quelques jours, l'existence probable « d'instructions informelles passées cet été pour bloquer l'accès des produits français au marché algérien », tout en spécifiant « qu'il n'y avait pas de trace écrite et que les autorités algériennes avaient démenti ». Ces restrictions sur l'urée pourraient être une nouvelle illustration de la détérioration des relations entre la France et son ancienne colonie, sur fond de soutien de Paris à un plan d'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine. Des alternatives limitées Si ces restrictions se vérifient, elles pèseront sur l'approvisionnement français. La France importe en effet en moyenne un million de tonnes d'urée chaque année, dont environ 30% en provenance d'Algérie selon les données de 2025. Ce sont des flux importants, dont les agriculteurs ont besoin, pour constituer leurs stocks d'ici le printemps. Il existe des fournisseurs alternatifs, en particulier depuis que les droits de douane sur les engrais azotés ont été suspendus pour atténuer la flambée des prix provoquée par le conflit en Iran. En faisant abstraction de cette mesure temporaire – et qui ne s'applique que sur un volume défini –, seuls deux pays peuvent exporter de l'urée en France sans être taxés : l'Algérie et l'Égypte. Le Carine pourrait donc devenir un partenaire clé dans les prochains mois. Le Nigeria fournit l'Europe depuis quelques années, mais avec une contrainte majeure car le pays n'accepte de vendre que de gros volumes, c'est-à-dire un minimum de 25 000 à 30 000 tonnes. Début septembre, les stocks d'urée en France étaient pleins à 50%, soit dix points de moins que leur niveau habituel, selon l'Afcome. À lire aussiGuerre Israël-Iran: le prix de l'urée, l'un des engrais les plus utilisés au monde, s'envole
La réélection de Lula da Silva à la présidence du Brésil a eu un effet immédiat sur les marchés des matières premières : les principaux produits agricoles brésiliens – le sucre, le café, mais aussi le soja – ont vu leur prix chuter. Cette baisse s'explique essentiellement par la chute du real, la monnaie nationale, qui a perdu plus de 10% dès l'annonce de la victoire du président sortant. Les matières premières agricoles s'échangent généralement en dollars sur le marché mondial. Quand la monnaie locale chute, et qu'une tonne de soja vendue par exemple à 2 500 reaux par un producteur brésilien, cette tonne vaut moins qu'avant en dollars. La compétitivité du Brésil devient alors meilleure sur les marchés, ce qui s'est traduit lundi 26 octobre par un prix du sucre en baisse de 5%, pendant que celui du café reculait de 4% et celui du soja d'un peu plus de 2%. Des prix attractifs qui pourraient provoquer une accélération des ventes brésiliennes. Effet d'aubaine Un pays pourrait en profiter : la Chine. Les achats d'opportunité sont un principe : s'il y a moyen d'importer sur les marchés à plus bas prix, pour remplir ses stocks, l'Empire du Milieu n'hésite pas, même si la fenêtre de tir est courte, et que le pays ne commande qu'un seul bateau. Pékin avait laissé entendre que les achats de soja pourraient diminuer cette année, mais ce positionnement peut évoluer, pour profiter d'un effet d'aubaine. Plus d'achats au Brésil, cela signifierait probablement moins de commandes aux États-Unis. Sur les neuf premiers mois de l'année, le Brésil a déjà fourni 80% des importations chinoises de soja, malgré l'accord entre Pékin et Washington sur le sujet. À lire aussiLa forêt d'Amazonie se réjouit-elle de la réélection de Lula au Brésil? Baisse durable du real ? Pour que les prix brésiliens gardent leur nouvelle attractivité, il faudrait que la baisse du real s'inscrive dans le temps. Lundi 26 octobre, les marchés ont, selon certains experts, surréagi parce qu'ils ont été surpris par la victoire de Lula. Cela n'exprime pas pour autant une perte de confiance généralisée. « Il s'agit plus d'un coup de semonce des opérateurs financiers que d'une lame de fond », relève Olivier Antoine, directeur d'ORAE Géopolitique, qui rappelle que durant le dernier mandat de Lula, il n'y a pas eu de décrochage de la monnaie lié à sa conduite économique du pays. Le président réélu n'a lui-même pas intérêt à affoler les marchés, « car si ses exportations agricoles sont plus compétitives quand le real baisse, le pays est pénalisé pour ses achats d'intrants dont il est un gros importateur », relève un de nos interlocuteurs. Le prix des matières premières agricoles brésiliennes paraît aujourd'hui plus dépendant des aléas climatiques que d'une dépréciation du real sur la durée. Le pays vit en effet sous la menace d'El Niño qui pourrait entraîner une sécheresse historique en Amazonie et des inondations dans le sud du pays. À lire aussiBrésil: la victoire inattendue de Lula sème le trouble sur les marchés financiers
Les prix du blé sont en forte chute ce mois d’octobre aux États-Unis et en Europe. Une baisse liée à une moindre demande pour le blé états-unien et aux espoirs d'une solution pour les exports de céréales en mer Noire. La baisse des prix ne veut pas dire que toutes les inquiétudes ont été balayées, loin de là, mais l'espoir de voir se dessiner des pourparlers de paix entre Kiev et Moscou a suffi, ces dernières semaines, à renverser la tendance globale, et même très nettement puisque, après avoir atteint un pic en septembre, les prix ont baissé durant huit semaines d’affilée – soit la plus longue chute depuis 1997. Le blé américain n'a pas été assez compétitif sur le début de la campagne commerciale et s'est donc moins vendu, explique Maxence Devillers, analyste marché pour Argus Media France. Quand un produit est moins demandé, son prix finit logiquement par baisser. À lire aussiLes céréales, un marché peu concerné par la situation au Moyen-Orient Le blé européen finalement aussi vulnérable En Europe aussi les prix montrent des signes de faiblesse. Jusqu'au 26 octobre, la baisse était moins marquée car beaucoup plus d'éléments tiraient dans le sens d'un raffermissement des prix. Les exportations de blé français et roumain ont par exemple profité des difficultés d'exportations via la mer Noire, et sont en avance en termes de volumes vendus par rapport aux prévisions initiales. Mais le 26 octobre, le blé européen a fortement baissé lui aussi, en raison d'annonces russes sur des discussions autour des exportations de céréales. Les exportations de blé russes poussent aussi les prix vers le bas : elles ont été finalement meilleures que prévu et ce grâce à l'ouverture de routes alternatives, via les ports de la Baltique. En octobre, le pays pourrait exporter 3 millions de tonnes, selon Argus Media France. À lire aussiImportations de blé: les tensions en mer Noire ravivent les inquiétudes en Afrique Production mondiale quasi-record Les bonnes perspectives de production de l'Australie et de l'Argentine sont elles aussi défavorables pour les prix, européens comme américains. La production mondiale s'annonce quasi record cette année, et sera peut-être la deuxième plus importante récolte jamais enregistrée. L'année prochaine, la donne s'annonce différente : les difficultés d'exportation des blés de la mer Noire devraient entrainer une baisse de la production ukrainienne : le ministre de l’Agriculture annonce une diminution de 18 % des semis de blé d’hiver, qui sont actuellement en cours. Cette baisse pourrait aussi se dessiner en Russie, même si le pays n'a pas communiqué sur le sujet. À écouter dans GéopolitiquePétrole, gaz, blé: Moscou et Washington se partagent-ils les robinets du monde?
En 2025, la Côte d’Ivoire a produit environ 1 932 106 tonnes de caoutchouc sec, soit 12 % de la production mondiale. Le pays se place au 3e rang des producteurs mondiaux et occupe la première place en Afrique. L’hévéaculture, qui génère plus de 8 % du PIB ivoirien, poursuit son développement, stimulée par la hausse des cours. Au mois d’octobre, le prix de l'hévéa ivoirien a enregistré un record historique à 526 francs CFA (0,80 euro) le kilo bord champ, selon l'Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (Apromac). Cette performance confirme une trajectoire spectaculaire depuis le début de l’année, marquée par une envolée des cours nationaux de plus de 50 %. Elle s’explique par deux facteurs principaux : la forte demande du secteur automobile mondial d’une part ; le repli de la production asiatique, d’autre part. Les deux premiers producteurs mondiaux, Thaïlande et Indonésie, ont fait face ces dernières années à des conditions climatiques défavorables. L’hévéa ivoirien tente donc de tirer son épingle du jeu, même si sa contribution au marché mondial demeure modeste face aux géants asiatiques. En 2025, la Côte d’Ivoire a produit environ 1 932 106 tonnes de caoutchouc sec, selon le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca), soit 12 % de la production mondiale. À lire aussiUne sixième année de déficit mondial pour le caoutchouc naturel Vers un essor de la filière ? Le pays a récemment mis en place plusieurs réformes sur le mécanisme du prix. Parmi elles : la suppression de la décote de 2 francs CFA par kilo. Cette retenue était héritée d’une époque où le caoutchouc ivoirien était considéré de qualité inférieure, comparé à celui d’Asie. Autre mesure : la revalorisation de la part du planteur, de 63 % elle passe à 66 % du prix de référence net. Les primes incitatives ont également été plafonnées à 10 francs CFA/kg. Il s'agit d'une prime que les usiniers versent pour attirer la production. Ces dernières années, la filière faisait face à une surenchère des montants de la part des grands usiniers, au détriment des plus petits. Pour autant les défis demeurent quant à l’application du mécanisme, constate le Conseil hévéa-palmier à huile-coco (CHPC), l’organe régulateur. Encouragées par cette embellie sur les marchés, les autorités ivoiriennes ambitionnent de développer la filière, aujourd’hui encore largement cantonnée à de la production de caoutchouc naturel destiné à l’export. À travers l’initiative PURE (Programme d’urgence de renouvellement et d’extension) la Côte d'Ivoire prévoit de planter 500 000 nouveaux hectares d’hévéa d’ici 2035. À lire aussiUne seconde vie pour le bois d’hévéa en Côte d’Ivoire
Et si le Kenya se mettait au lait de bufflonne ? C’est une proposition récemment faite par le président, William Ruto, lors du sommet kényan sur l’agriculture et l’agro-industrie. La filière lait connaît une crise d’approvisionnement. Depuis septembre, les étals sont régulièrement vides, le gouvernement veut donc diversifier les espèces productrices. De notre correspondante à Nairobi, L’annonce du président kényan a d’abord provoqué une certaine hilarité. Sur les réseaux sociauxn ont fleuri de nombreuses vidéos parodiques montrant des éleveurs courant après des buffles dans la savane. À tel point que le secrétaire principal du ministère de l’Élevage a dû clarifier les choses : « Les animaux dont nous parlons sont des buffles d’eau domestiqués, et non pas des buffles africains sauvages », a précisé Jonathan Mueke. Et d'ajouter que le projet est bien avancé. Le gouvernement entend importer ces animaux d’Inde et les certifications vétérinaires ont déjà été enclenchées. Nairobi et New Delhi travaillent désormais sur les dispositions commerciales, à savoir le prix des buffles d’eau et le coût de leur importation. Leur prix varie en fonction de l’âge, du poids, de l’état de santé, mais, selon le quotidien kényan Daily Nation qui a étudié plusieurs annonces en Inde, il oscille entre 75 000 et 300 000 roupies indiennes, soit entre 700 et 3 000 euros. Un investissement conséquent pour un éleveur kényan, mais le ministère de l’Élevage assure avoir déjà reçu plus de 800 commandes. Le gouvernement y voit une solution à long terme pour un problème récurrent au Kenya : la pénurie de lait. À lire aussiLe paradoxe du lait en Afrique: un continent dépendant malgré son cheptel Des espèces plus résistantes, au meilleur rendement Depuis septembre, l’approvisionnement est très aléatoire. D’abord minimisée par le KND, le Bureau des produits laitiers du Kenya qui regroupe les professionnels de la filière, le ministre de l’Agriculture lui-même a reconnu au début du mois une situation de crise. Selon lui, les livraisons au secteur formel ont baissé d’environ 6 % ces derniers mois. En cause : la sécheresse, le manque de pâturage et le prix élevé des aliments de bétail. Moins bien nourries, les vaches kényanes produisent moins de lait. Pour le gouvernement, il faut donc investir dans des espèces plus résistantes et aux meilleurs rendements. « Le lait de la bufflonne d’eau produit trois fois plus de matières grasses qu’une vache ordinaire », explique le secrétaire principal au ministère de l’Élevage. Le buffle d’eau est déjà présent sur le continent africain. L’Égypte en compte 5 millions de spécimens. À écouter dans DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?
Du vin sur le toit du monde. Au Tibet, des vignes poussent à plus de 3 500 mètres d’altitude, malgré le froid et des conditions de culture extrêmes. Le domaine Pazhu y produit des blancs, des rouges et même du vin de glace. Une curiosité viticole, mais aussi une vitrine du développement économique voulu par Pékin dans cette région étroitement contrôlée. Comment fait-on pousser du raisin à une telle altitude ? Entre le sol gelé en hiver, les ultraviolets très intenses à cette hauteur et les risques de sécheresse précoces, les vignerons du Tibet s'y sont pris par tâtonnements. Les producteurs ont essayé des cépages différents, ont adapté leurs techniques et ont choisi des raisins en mesure de résister à toutes ces conditions. L'altitude a tout de même des avantages : beaucoup de soleil et des températures fraîches qui préservent l'acidité du raisin. Le domaine offre à la fois du chardonnay, du rouge et aussi du vin de glace. Et le domaine Pazhu exploite différents vignobles – dont une petite parcelle à côté de Lhassa qui est entrée dans le Guinness des records pour sa hauteur : 3 563 mètres d'altitude. Ces vins trouvent des acheteurs Un marché niche, mais un marché tout de même. La plupart des bouteilles sont vendues en Chine, parfois à 777 yuans, environ une centaine d'euros. Pazhu joue de sa singularité au niveau de son terroir et mise sur le tourisme local. Mais le domaine cherche d'autres débouchés, au-delà de la Chine continentale. Des bouteilles sont parvenues à Hong Kong en début d'année. Le contexte reste cependant difficile. Depuis 2017, la consommation de vin en Chine a vraiment reculé, et Pazhu fait face à des régions beaucoup plus installées comme le Ningxia ou le Shandong. Le domaine n'est toujours pas rentable d'ailleurs, selon la direction. Les objectifs multiples de Pékin Le but n'est pas seulement de vendre du vin. Il s'agit aussi de créer des emplois, de booster le tourisme et de diversifier l'économie locale. La direction évoque 80 salariés permanents et plus de 3 000 habitants des villages alentours qui viennent travailler dans les vignes. Et pour Pékin, cela permet de mettre en avant sa politique de lutte contre la pauvreté, mais aussi de montrer une vitrine économique avec la volonté d'intégrer le Tibet au reste de la Chine. Le tout sur fond de contrôle politique et de restrictions des libertés religieuses et culturelles dénoncées par les défenseurs des droits humains. Le vin est donc ici aussi bien un outil de développement qu'un instrument de communication pour les autorités chinoises. À lire aussiChine: Xi Jinping en visite au Tibet, «c'est une façon de rappeler que cette région est parfaitement sanctuarisée »
Alerte au trop-plein de poulet dans les élevages américains : les industriels, qui ont augmenté leur production depuis deux ans, ne parviennent pas à écouler des milliers de tonnes d'excédent, ce qui provoque une chute inédite des prix de la volaille. C'est une bonne nouvelle pour le consommateur final, mais les pertes menacent la bonne santé des entreprises du secteur. C'est l'histoire d'un pari manqué dont l'industrie de la volaille se mord les doigts. Car cette surproduction, c'est la filière avicole elle-même qui l'a organisée. Lorsque les prix du bœuf ont explosé aux États-Unis à partir de 2024, le secteur a pensé que les Américains allaient se reporter sur la consommation de poulet, et des investissements massifs ont suivi. D'abord dans les infrastructures, avec la construction de nouveaux bâtiments d'élevage automatisé et de couvoirs industriels géants, capables de faire éclore un million d'œufs par jour. Des dizaines de milliers de poussins naissent toutes les heures dans ces exploitations de plus de 10 000 m². Ensuite par le biais de la génétique, puisque les géants de la volaille ont privilégié des souches spécifiques pour maximiser le volume de viande. Autrement dit, ils ont conçu par croisement des poulets géants, qui produisent de plus en plus de chair par animal, et qui ne vivent que six à huit semaines dans des milieux confinés, afin de réduire les coûts et d'écarter les risques de grippe aviaire. À lire aussiAlimentation: pourquoi tout le monde mange du poulet? Au bout du compte, d'après les projections, près de 22 millions de tonnes de poulet auront été commercialisées en 2026. C'est un record, mais c'est beaucoup trop par rapport à la demande qui n'a pas eu le temps de suivre. Les grossistes n'ont pas de débouchés pour leur énorme surplus qui fait plonger les prix et mine leurs bénéfices. Pilgrim's Pride, le numéro 2 du poulet aux États-Unis, accuse ainsi une baisse de 96% de son résultat net au deuxième trimestre, en attendant les chiffres du troisième trimestre, qui arriveront la semaine prochaine. Son conseil d'administration sait déjà que pour survivre, il va falloir délaisser le marché de gros et amorcer un virage massif vers les produits transformés, afin de reconvertir l'excédent de volaille brute en portions de poulet assaisonnées et conditionnées, ce qui implique d'acheter les machines et d'adapter les chaînes de production. En attendant, cette crise fait au moins quelques heureux : les consommateurs américains plombés par l'inflation bien sûr, mais aussi les chaînes de restauration rapide comme McDonald's ou Wendy's, qui en profitent pour lancer des opérations commerciales très agressives à 5 ou 6 dollars la formule... spéciale nuggets évidemment. À lire aussiLa viande de volaille, reine des assiettes françaises et mondiales
Si le Sénégal reste un producteur bien plus modeste que son voisin malien ou le Burkina Faso, le secteur aurifère sénégalais affiche une forte croissance. Plus de 10 tonnes d'or produites en 2025, 16 tonnes attendues en 2026 : l'or constitue la première ressource minière du pays. Le contexte haussier du cours du métal jaune profite au Sénégal, avec trois mines en exploitation et de nouveaux sites en développement. De notre correspondante à Dakar, Au premier semestre 2026, le Sénégal a produit 8,2 tonnes d'or, soit une hausse de +35% par rapport à la même période en 2025. Une croissance directement liée à la mise en service d'une nouvelle mine d'or il y a un an dans la région de Kedougou, dans l'est du pays, opérée par le groupe marocain Managem. Cette nouvelle mine prévoit de produire à elle seule un peu moins de cinq tonnes (4,6) de métal jaune par an sur les 12 prochaines années. Associé aux neuf tonnes produites par le Canadien Endeavour Mining, qui opère le plus grand site aurifère du pays à Sabodala-Massawa, et à la production de l'Australien Resolute Mining à Mako, le Sénégal prévoit de sortir 16 tonnes d'or de ses terres dans l'est du pays cette année. Deux nouveaux projets aurifères en préparation Mais cette croissance devrait se poursuivre. C'est en tout cas ce que promettent les entreprises minières qui opèrent au Sénégal. Endeavour Mining, par exemple, prévoit de sortir deux tonnes d'or supplémentaires d'ici 2028. Le groupe canadien Fortuna Mining, de son côté, a annoncé en août l'acquisition pour 200 millions de dollars d'un projet d'exploration aurifère près de Diamba Sud, au sud-est du Sénégal. Objectif : produire trois tonnes d'or par an à partir de 2028 sur une durée de neuf ans. Enfin, Thor Explorations, autre compagnie minière canadienne, devrait prochainement confirmer son investissement dans un autre projet aurifère à Douta, dans l'est du pays, pour une production estimée à trois tonnes d'or par an en 2028. De 16 tonnes en 2026, la production du métal jaune pourrait ainsi passer à 24 tonnes en 2028. Une bonne nouvelle pour les recettes du Sénégal, alors qu'en 2025, la part du secteur minier dans le PIB était de 4%. L'instabilité sécuritaire et politique qui traverse les pays du Sahel bénéficie aux pays du sud de la région, tels que la Côte d'Ivoire, la Guinée mais aussi le Sénégal, estime un expert. Même si le Sénégal reste, pour l'heure, le plus petit producteur d'or de la région. À lire aussiAux assemblées annuelles du FMI, le Sénégal veut avancer sur la restructuration de sa dette
Les prix de l'acier au plus haut depuis quatre ans aux États-Unis. C'est la conséquence de la politique de Donald Trump et des droits de douane imposés depuis l'année dernière, droits qui se montent jusqu'à plus de 50%, selon les produits en acier concernés. Les droits de douane ont eu un impact sur les volumes qui sont entrés aux États-Unis : par exemple pour l'acier fini, directement utilisable par l'industrie ou les constructeurs, les importations ont baissé de 14% depuis janvier, et se montent à 13 millions de tonnes selon les chiffres de l'American Iron and Steel Institute. À cette réduction des volumes importés, il faut ajouter une production intérieure qui est appelée à se resserrer d'ici décembre, en raison d'une maintenance courante à cette époque de l'année pour les aciéries. Selon Fastmarkets, la production pourrait être amputée d'un million de tonnes potentiellement. Les prix ont réagi à cette offre globale qui diminue. Les bobines d'acier laminées à chaud, une forme d'acier très utilisée, ont vu leur prix progresser de plus de 50% sur un an et atteindre 1 255 dollars la tonne selon Fastmarkets, soit un niveau jamais vu depuis 2022. Ces produits étaient déjà, avant l'application des droits de douane, plus chers aux États-Unis que partout ailleurs. Avec cette nouvelle hausse des prix, l'écart se creuse encore plus. Les sidérurgistes, grands gagnants Ces prix sont à double tranchant : ils sont pénalisants pour les uns mais sont une aubaine pour d'autres. Ceux qui achètent l'acier paient le prix fort et sont contraints de s'adapter en limitant leurs commandes. En revanche, ceux qui, aux États-Unis, fabriquent et vendent aujourd'hui leur production à des prix plus élevés qu'avant peuvent se frotter les mains. Les sidérurgistes profitent d'un environnement moins concurrentiel pour augmenter leurs ventes et leurs bénéfices. Le premier producteur d'acier du pays, Nucor, a ainsi vu ses actions progresser de plus de 50% à la bourse cette année, rappelle l'agence Bloomberg. Un succès pour Donald Trump Le président américain décrit d'ailleurs sa politique de préférence pour l'acier national comme un succès. Il met en avant l'effet des droits de douane sur la production locale, et la preuve de l'efficacité de sa stratégie, explique-t-il, c'est qu'elle va augmenter avec la construction d'une nouvelle aciérie géante dans l'Iowa. Il s'agit d'un projet qui n'est pas encore sorti de terre, qui a le mérite, pour l'instant, de promettre des emplois à un État-clé des prochaines élections de mi-mandat. Ce dont Donald Trump parle moins, c'est de la difficulté des industries consommatrices d'acier, que ce soit les fabricants de tracteurs ou d'appareils ménagers, qui subissent la hausse des prix intérieurs, et qui ont dû baisser leur production voire supprimer des emplois. À lire aussiAux États-Unis, la flambée du coût de la vie va peser sur les élections de mi-mandat
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) avertit : les prix du diesel en Europe pourraient augmenter jusqu'en 2027. La crise des carburants met en lumière une vulnérabilité croissante de l’Union européenne : ses capacités de raffinage sont en déclin depuis une quinzaine d’années. L'Europe paie aujourd'hui le prix fort de ses choix industriels. Si elle peut importer du pétrole brut, elle peine à le raffiner par la suite. En cause : un désinvestissement du secteur face à la concurrence des pays du Golfe mais aussi de la Chine et de l’Inde. Selon l’association professionnelle FuelsEurope, pas moins de 35 raffineries ont fermé leurs portes en Europe depuis 2009. À lire aussiOrmuz: malgré la reprise importante du flux de pétrole, les prix devraient rester élevés Une situation particulièrement alarmante pour le diesel Le vieux continent est donc de plus en plus dépendant des importations de produits raffinés. Et le cas des importations de diesel préoccupe particulièrement les autorités européennes. Car si l’Europe consomme moins de diesel pour son parc automobile, il demeure le carburant de référence pour le transport routier de marchandises, l’agriculture ou encore l’industrie. Or, historiquement, les raffineries européennes produisent plus d’essence que de diesel. Selon le Comité professionnel du pétrole, la France, par exemple, raffine environ 90 % de sa consommation d’essence, mais seulement 50 % de ses besoins en gazole, dont le fioul domestique. Ce dernier est donc encore plus soumis aux fluctuations des marchés mondiaux. À lire aussiAu Royaume-Uni, les prix record du litre de gazole fait grincer des dents L'Europe plus vulnérable aux chocs géopolitiques L'Europe vient de connaitre deux chocs énergétiques majeurs pour la sécurité de ses approvisionnements : la guerre menée par la Russie en Ukraine, débutée en 2022, et la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Un conflit qui a entraîné de lourdes perturbations dans le détroit d’Ormuz. Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 19 % du commerce maritime mondial de produits raffinés passent par le détroit et les activités de raffinage situées dans le Golfe ont été fortement impactées. Une situation qui ne s’est pas arrangée avec l’annonce, début octobre, de la suspension par la Chine de ses exportations de carburants. La restriction de l’offre de carburants raffinés alors que la demande reste élevée participe à la flambée des prix. Autre conséquence : les raffineurs, plus que jamais courtisés, augmentent leurs marges. Au premier semestre 2026, TotalEnergies a multiplié par quatre son résultat opérationnel dans son activité de raffinage. À lire aussiLes Houthis du Yémen revendiquent une attaque contre Aramco en Arabie saoudite
Le prix du charbon thermique, en Chine, celui qui fait tourner les centrales électriques, a augmenté d'un quart depuis le mois de juillet et dépasse les 1 000 yuans la tonne, soit environ 150 dollars, selon l'Association chinoise du transport et de la distribution du charbon. La Chine, premier acheteur mondial de charbon, premier producteur aussi, cumule les difficultés d'approvisionnement, face à une demande qui se maintient. Plusieurs raisons, internes et externes au pays, expliquent cette hausse des prix. Premièrement, la production nationale a baissé de plus de 3 % sur l'année écoulée. Après un accident mortel dans la principale région minière du pays, au mois de mai, dans la province du Shanxi, les mesures de sécurité ont été renforcées et le redémarrage des mines a pris du retard. À cette situation, il faut ajouter des travaux de maintenance sur le principal corridor ferroviaire qui transporte du charbon en Chine, qui ont retardé les approvisionnements. En parallèle, les exportations d'Indonésie, le principal fournisseur de la Chine, ont chuté de 25 % : Jakarta a décidé de limiter drastiquement les quotas d'extraction minière en début d'année et l'impact de cette règlementation a été accentué par une météo trop sèche, qui a fait baisser les niveaux d'eau sur les principaux cours d'eau navigables, ce qui a entraîné un retard commercial supplémentaire. Un contexte haussier Cette hausse des prix chinois devrait se maintenir, puisqu'on entre dans les mois d'hiver, période de plus forte consommation. Le risque est qu'elle engendre une baisse des marges des centrales électriques et provoque une augmentation des coûts de l'électricité. C'est sans doute ce qui explique l'appel lancé par les autorités chinoises courant septembre aux entreprises minières et aux régions concernées pour qu'elles accélèrent la réouverture des mines. Objectif, stabiliser la production, faire en sorte que l'approvisionnement soit suffisant, à un coût accessible. Une demande chinoise stable À moyen terme, les prévisions sont plus hasardeuses car les prix réagissent généralement à une combinaison de paramètres. La Chine reste le principal moteur de la demande mondiale. Sa consommation augmente encore en valeur absolue, même si la part du charbon dans la production d'électricité ne fait que baisser depuis 15 ans, au profit des énergies renouvelables, et qu'elle est aujourd'hui d'environ 50 %, un peu moins, selon les données de l'Administration nationale de l'énergie de Chine, relatives à la période de janvier à juin. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit, dans ses prévisions révisées publiées le 10 septembre, qu'en 2027 la baisse de la demande chinoise en charbon sera marginale et que celle-ci se maintiendra autour de 5 milliards de tonnes. À lire aussiOù en est la transition énergique en Chine?
Le prix minimum pour une tonne d'étain est fixé à 50 000 dollars depuis le mois de juin 2026. Les prix de ce métal qui entre dans la fabrication des boites de conserves, des drones ou encore des serveurs informatiques, ont plus que doublé ces trois dernières années et n'ont pas l'air de vouloir redescendre. Des prix qui ne se justifient pas par d'importantes inquiétudes sur la production. Du coté de l'offre, les nouvelles sont meilleures. La mine géante d'étain de Man Maw en Birmanie, qui avait brutalement interrompu ses opérations en 2023, sous l'impulsion de la faction armée qui contrôle la région de l'État Wa, a repris son activité en septembre 2026, selon un rapport de l'ONG International Crisis Group. Les niveaux exportés restent en-deçà de ceux en vigueur avant la suspension, mais la reprise effective est de nature à rassurer le marché. Les exportations indonésiennes ont fortement rebondi au troisième trimestre, après la reprise de l'activité de plusieurs fonderies, qui avaient vu leur fonctionnement perturbé au second semestre, selon l'International Tin Association. L'étain reste donc produit par un nombre très limité de pays. L'offre reste fragile, mais elle s'améliore. La tension sur le marché est plutôt à chercher du coté de la demande, même si la croissance des besoins reste modérée, relève l'International Tin Association. Nouveaux usages de l'étain Cette demande est entretenue par les nouveaux usages de l'étain. Les usages traditionnels eux sont en chute : les boîtes de conserve, et plus largement tous les emballages en fer blanc, ne représentent qu'un peu plus de 10% du marché. Les soudures ont pris le dessus et constituent plus de la moitié de la demande mondiale. Le secteur dans lequel les besoins s'accélèrent, c'est celui de la construction de centres de données : plus leur puissance de calcul est grande, plus ils nécessitent des semi-conducteurs et donc de l'étain, le métal blanc argenté étant utilisé pour fixer les micro-processeurs aux circuits imprimés et relier entre eux les composants électroniques de l'infrastructure. Un serveur dédié à l'intelligence artificielle, en nécessite jusqu'à quatre tonnes contre 500 kilos pour un serveur informatique traditionnel. La bourse aux métaux de Shanghai estime, dans une étude, que chaque gigawatt de capacité installé dans les centres de données pour l'IA nécessite environ 1 200 à 1 500 tonnes d'étain. Et il ne faut pas oublier les véhicules électriques qui contiennent plus de câblages que les modèles thermiques et donc plus d'étain également. À lire aussiLes semi-conducteurs, enjeu géopolitique mondial, enjeu existentiel local Les prix de l'étain « en zone inédite » Tous ces facteurs mis bout à bout expliquent pourquoi les prix se sont installés dans une fourchette haute et sont entrés dans « une zone inédite, un territoire littéralement inexploré jusqu'à cette année », écrit Andy Home, analyste matières premières de l'agence Reuters. Il ne faut pas s'étonner par ailleurs de voir de plus en plus les cours de l'étain évoluer au gré du développement de l'IA. En septembre, la crainte de voir ce secteur se développer moins vite que prévu a provoqué l'inquiétude d'investisseurs et la vente en masse d'actions de fabricants de semi-conducteurs. Par ricochet, les cours de l'étain ont baissé d'environ 3%, sans pour autant s'effondrer. Cette contraction des prix est aussi un résultat de la reprise des hostilités au Moyen-Orient qui pèsent sur le moral des marchés et qui ont entraîné un repli de la plupart des métaux de base, courant septembre. À lire aussiPorté par l'engouement pour les métaux, l'étain bat de nouveaux records
C'est un des impacts de la guerre en Ukraine. Le pays, qui était le plus grand exportateur mondial d'huile de tournesol et qui dominait les marchés d'Asie du Sud-Est et d'Europe, a perdu sa place au profit de la Russie. La production russe, disponible et moins chère, attire des acheteurs qui se fournissaient auparavant en Ukraine. L'huile de tournesol russe coûte 10 à 15 dollars de moins par tonne, et cela fait la différence pour un importateur qui en commande des dizaines de milliers de tonnes. Ces derniers mois, l'Ukraine avait peu de graines et d'huile de tournesol à vendre, en raison d'une faible récolte en 2025. Les importateurs turcs, égyptiens ou encore indiens ont donc logiquement privilégié la production russe, plus disponible et moins chère, au détriment de celle de l'Ukraine. La récolte ukrainienne qui est en cours s'annonce bien meilleure que la précédente. Elle devrait atteindre son plus haut niveau depuis 2021, précise Maxence Devillers, analyste marché pour Argus Media France. L'Ukraine aurait donc les moyens d'exporter plus. Une accélération des exportations sera-t-elle possible ? Pour l'instant, les volumes qui quittent le territoire sont plus faibles qu'il y a un an à la même période. Or, « aussi grande soit la production ukrainienne, elle n'aura de la valeur que si elle est exportée », rappelle notre interlocuteur. Freins logistiques Ce qui pénalise l'Ukraine, c'est le blocage des infrastructures portuaires de la mer Noire : l'huile ukrainienne ne peut plus sortir du port d'Odessa. Seulement des volumes restreints transitent par le port de Constanza en Roumanie. Globalement, les coûts d'exportation des récoltes ukrainiennes ont augmenté de plus de 50 dollars par tonne depuis fin juillet, et les délais de livraison se sont allongés. Ils ont par exemple plus que doublé vers l'Égypte. Cela suffit à rendre l'huile de tournesol de son grand voisin plus compétitive. La force de la Russie, c'est aussi de pouvoir atteindre les pays d'Asie centrale par voie terrestre. Maintenir la cadence des exportations est capital pour les exportateurs russes : la nouvelle production s'annonce très bonne cette année. L'approvisionnement de l'Inde en question Le géant russe doit tout de même faire face à des difficultés d'exportation. Les contraintes logistiques ont récemment affecté, selon des sources commerciales citées par l'agence Reuters, l'acheminement de 60 000 tonnes d'huile de tournesol. Une autre cargaison de 20 000 tonnes vient d'être annulée faute de pouvoir être livrée à temps, selon l'International Sunflower Oil Association. Ces volumes russes étaient destinés à l'Inde, le premier acheteur d'huile végétale du monde, qui importe mensuellement environ 250 000 tonnes. Le manque de disponibilité d'huile de tournesol sur le marché fait le bonheur des exportateurs d'huile de soja, au Brésil et en Argentine, et d'huile de palme en Malaisie. L'Inde vient ainsi de commander 150 000 tonnes d'huile de palme en trois jours, afin de sécuriser des livraisons d'ici fin décembre. À lire aussiLa demande croissante de biocarburants et les risques liés à El Niño font grimper les prix de l'huile de palme
En Argentine, le lithium connait un véritable boum. La production de ce minerai critique dans le secteur de la transition énergétique a augmenté de 62 % en un an et pourrait presque quintupler d'ici 2035, selon des chiffres officiels. Cette explosion s'explique par un besoin croissant en lithium, notamment pour les véhicules électriques, mais aussi par la mise en place d'une politique fiscale avantageuse de la part de l'Argentine. Le sous-sol argentin regorge de matières premières, dont du lithium en quantité, mais jusqu'à présent, les groupes internationaux se montraient frileux à l'idée de s'y aventurer. Les choses ont changé depuis l'arrivée au pouvoir de Javier Milei : le président argentin a fait la promotion de son pays la semaine dernière à Paris, il veut attirer les investisseurs étrangers et pour cela, il a sorti les grands moyens. La loi de « régime d'incitation pour les grands investissements » permet aux entreprises voulant investir plus de 200 millions de dollars dans le pays de bénéficier de plusieurs avantages fiscaux, notamment un impôt sur les sociétés abaissé à 25 % et cela pendant une durée de 30 ans. S'y ajoute la possibilité d'importer des biens d'équipement et d'exporter la production sans taxe douanière. À lire aussiLe lithium congolais bientôt sur le marché mondial Des incitations qui ont porté leurs fruits Aujourd'hui, selon le journal argentin Clarín, le pays compte sept projets d'extraction de lithium en production, ainsi que 16 en phase avancée et plus de 40 en prospection et en exploration. Parmi ces projets, celui du groupe minier et métallurgique français Eramet qui veut étendre son site d'extraction de lithium de Centenario-Ratones, situé dans la province de Salta, pour 350 millions de dollars. Parmi les multinationales présentes, ce sont les Chinois qui se taillent la part du lion avec le colosse Ganfeng Lithium. La Chine est la première destinataire des exportations de lithium argentin, le pays raffine entre 70 % et 80 % du lithium mondial pour les batteries de véhicules. Pour maintenir cette domination industrielle, ses usines ont un besoin insatiable de matière brute. Les prix du lithium, eux, ont bondi de 70 % en un an, ce qui ne fait qu'aiguiser les appétits. De graves conséquences sur l'environnement Selon la Fédération internationale pour les droits humains, le processus d’extraction du lithium, qui demande une grande quantité d'eau, a compromis des ressources vitales dans des zones extrêmement arides et particulièrement exposées au changement climatique, notamment dans la région de la Puna, au nord-ouest de l'Argentine. Des ressources hydriques dont les communautés locales ont besoin pour l’agriculture et leur subsistance. Face à cette situation, des mobilisations ont eu lieu qui ont permis de geler ou freiner certains permis d'exploitation alors que de nouvelles méthodes d'extraction directe sont déjà expérimentées, notamment sur le site d'Eramet. À lire aussiChili: comment l'extraction du lithium provoque l'affaissement du désert de sel de l'Atacama?
Les rencontres de l’Association française cotonnière (Afcot), se sont déroulées les 5 et 6 octobre à Lille, dans le nord de la France, avec, comme chaque année, une large participation de représentants africains du secteur. Parmi les thèmes débattus, les perspectives de marché pour l’or blanc du continent. La nouvelle récolte débute, avec un premier constat : il reste encore du coton de l’ancienne récolte dans les pays exportateurs africains. Il y en a notamment chez certains producteurs de l’AES tels que le Mali, qui fait face à des difficultés d’approvisionnement en carburant, et peine à acheminer son coton en camion jusqu’à un port d’exportation. Il y a aussi dans certains ports du coton prêt à être embarqué mais toujours immobilisé. Le Cameroun a eu des stocks bloqués, mais la situation est en train de revenir à la normale. En Côte d’Ivoire, en revanche, le problème est toujours d’actualité. Des négociants décrivent une situation cauchemardesque au port d'Abidjan où des centaines de conteneurs, toutes matières premières confondues, s’accumulent. Le coton se retrouve parfois bloqué deux, voire trois mois, qu’il soit d'origine malienne, burkinabè ou ivoirienne. Cette congestion portuaire affecte tous les maillons de la filière, les producteurs, les égreneurs, les négociants, certains confient avoir déjà reçu des annulations de contrat de la part d’acheteurs indiens. À écouter dans Un jour au villageTransformation locale du coton dans les villages Concurrence brésilienne toujours d'actualité Ces retards tombent mal, car le coton africain doit tout faire pour soigner son image, face à son plus gros concurrent, le Brésil. « Les prix pratiqués par le Brésil font des ravages, même si partout, c’est la qualité du coton africain ou américain qui est préférée », résume un participant à l'Afcot. Le Brésil a encore accru sa présence au Bangladesh la saison dernière, le coton de la zone franc a vu en revanche sa part de marché baisser de 40 % à 28 %. Cette année encore la production brésilienne sera importante. Mais la production est de moins bonne qualité et moins de volumes ont été certifiés BCI (Better Cotton Initiative), une norme que certains acheteurs exigent. Il y a donc peut-être une fenêtre de tir à ne pas rater pour le coton africain, suggère Antonia Prescott, directrice de la revue Cotton Outlook. Une occasion pour les producteurs de reconquérir des parts de marché perdues, à condition que les temps de transport se normalisent. La demande à venir, clé des futurs prix Ces six derniers mois, la consommation de coton a repris, en grande partie grâce aux importations chinoises, et a joué un rôle important dans l’évolution des prix, explique Antonia Prescott. Aujourd’hui, il y a un risque de voir la demande s’essouffler, en raison de la hausse du coût de la vie dans les grands pays consommateurs de textile. Les acteurs de la filière regardent donc de très près les données relatives à la consommation, mais surveillent également les importations chinoises qui pourraient ne pas être aussi bonnes que ces derniers mois. Autant de facteurs qui auront un impact sur les prix et donc sur la facilité ou non pour l’Afrique de vendre son coton. Seules certitudes à ce jour, pour Thierry Devilder, président de l'Afcot : « Un climat mondial perturbé par un puissant El Niño, une inflation persistante, un endettement mondial au plus haut, des taux d’intérêt élevés, le tout dans un contexte géopolitique mondial tendu », et un marché actuel qui semble plutôt indiquer des prix en léger repli sur 2027. À lire aussiAchète-t-on trop de vêtements?
Lundi 28 septembre, le capitaine Traoré a inauguré la première raffinerie d’or du Burkina Faso. L’ambition : ne plus être un pays seulement extracteur mais « avoir toute la chaîne de valeur sur place », limiter les trafics et faire rentrer dans le marché formel des quantités d’or plus importantes. Une stratégie du Burkina Faso qui dure depuis plusieurs années. Le Burkina Faso a par exemple interdit l’exportation de l’or artisanal il y a deux ans, ce qui a fait grimper les chiffres de production de l’orpaillage. Elle est passée de huit tonnes en 2024 à 40 tonnes en 2025. Autre objectif que se sont fixé les autorités : tirer plus de bénéfice de ses matières premières. Pour cela, le Burkina Faso a créé une réserve d’or nationale… Ainsi qu’un fonds souverain minier. Les autorités souhaitent ainsi préserver une partie des revenus extractifs pour des investissements de long terme. La raffinerie est donc une étape supplémentaire dans cette quête. Pourtant, transformer l’or localement n’est pas forcément synonyme de meilleurs revenus. À la différence d’autres matières premières, les études ont montré que le raffinage rapporte en général moins de 10 % de valeur supplémentaire. La nécessaire certification La valeur des lingots burkinabè dépendra également de la capacité de la raffinerie à les faire certifier. La certification la plus reconnue étant celle de Londres, la LBMA. Elle fait référence sur de nombreuses places mondiales de négoce de l’or. Sans cela, certains marchés peuvent rester fermés. C’est l’expérience que fait le Ghana : ses lingots estampillés localement doivent être retraités dans une fonderie agréée. Pourtant, les pays de la région se dotent tous de raffineries. Ils cherchent ainsi à mieux contrôler les flux de minerais et à les diriger vers la raffinerie nationale, ce qui permet de limiter la contrebande, de mieux taxer l’or et donc d'augmenter les recettes de l’État. Au Burkina Faso par exemple, l’État a déjà instauré que 100 % de l’or artisanal doit passer par la raffinerie nationale, 50% pour l’or issu des mines industrielles. Ces raffineries sont également perçues comme un enjeu de souveraineté nationale : elles permettent la constitution de réserves d’or nationales. Grâce à sa raffinerie, le Ghana a sécurisé environ 30 tonnes d’or valant environ 9 milliards de dollars – l’équivalent de plus de 5 mois d’importations. À lire aussiEn Afrique, la ruée vers l'or motivée par son cours historiquement haut Des réserves nationales encore limitées Une tendance qui s’est largement développée en Afrique de l’Ouest. Mali, Ghana, Burkina Faso, Niger, Guinée, Côte d’Ivoire ont déjà ou vont prochainement avoir leur raffinerie. Cependant, les réserves constituées par les États africains – même si elles augmentent, elles sont passées de 663 tonnes en 2022 à 738 tonnes en 2025 – ne devraient pas avoir d’impact majeur sur le prix ou la structure du marché. Les quantités qu’elles représentent sont trop modestes par rapport à la quantité d’or échangée sur les marchés mondiaux : plus de 5 000 tonnes en 2025. Cette stratégie africaine a en revanche des impacts sur la carte des flux de l’or. Moins de flux de « dorés » – ces lingots d'or brut semi-raffinés, généralement issus d’un premier traitement sur les sites d’extraction – vont partir vers les grandes raffineries à Dubaï ou Zurich. Ce qui pourrait à moyen terme resserrer la disponibilité physique de lingots certifiés et mécaniquement faire grimper leur prix. À lire aussiLa fièvre de l'or raffiné
C’est une mauvaise nouvelle pour l’industrie européenne : la production d’acier atteint des niveaux historiquement bas, et les exportations ont chuté d’un cinquième (20%). Le secteur sidérurgique européen est mal en point, pour des raisons internes et externes à l'UE, telles que la hausse des coûts de l'énergie ou la surproduction mondiale. Le secteur pâtit notamment du prix du gaz en Europe qui a bondi de plus de 140 % depuis le début de l’année. Le président du conseil d’administration d’ArcelorMittal Europe pointe un niveau de coûts dangereux qui rend les exportations « très problématiques », dit-il dans des propos rapportés par le Financial Times. En moyenne, elles ont chuté de 20 % sur le premier semestre. La baisse des ventes vers les États-Unis a atteint près de 30 %, selon le journal britannique. L'acier européen y est doublement pénalisé parce qu'à son prix, il faut ajouter 50 % de droits de douane imposés par l’administration Trump, rappelle Eurofer, l’organisation européenne de la sidérurgie. Contrairement aux autres leaders asiatiques de l’acier, l’industrie européenne doit aussi faire face à des coûts d’investissement en hausse, pour décarboner son activité et produire de l’acier plus vert. À écouter aussiQuestions d'environnement - Peut-on produire de l'acier propre? La Chine dans le viseur Quand on dit que l’acier européen peine à s’imposer sur le marché mondial, c'est en grande partie à cause de la concurrence redoutable de la Chine. Le pays a littéralement inondé le monde d’acier bon marché ces dernières années. En réaction, l'Europe et d'autres États ont répondu avec des droits anti-dumping pour protéger leur production nationale. Mais cela ne résout pas tout. Ces barrières douanières ont une conséquence indirecte : la production chinoise qui s'écoule moins en Europe est vendue ailleurs, cela fait autant de marchés en moins pour les exportateurs européens d'acier. Cette année la production européenne, qui s'adapte en partie à la demande, devrait se redresser, grâce à des mesures commerciales prises par l’UE, après deux années de baisse, mais les niveaux de production d’il y a dix ans – 155 millions de tonnes en 2015 – appartiennent au passé, selon Eurofer. À écouter aussiChronique des matières premières - Pourquoi la surcapacité de l'acier continue de peser sur les marchés mondiaux La sidérurgie brésilienne inquiète Une partie de la surproduction chinoise se reporte notamment au Brésil, pays qui, comme tous les marchés émergents, est plus enclin à accepter l'acier chinois à bas prix. Les autorités brésiliennes ont mis en place des mesures protectionnistes, qui devraient permettre de faire baisser les importations de 15 % cette année. Ces mesures sont cependant moins restrictives qu'ailleurs et les volumes qui arrivent dans le pays restent deux fois plus élevés qu'avant les années 2020. Les sidérurgistes brésiliens se disent inquiets et demandent au prochain président qui sortira des urnes des mesures commerciales rapides et efficaces, pour contrer l'acier chinois mais aussi pour limiter les volumes d'acier d'Indonésie, de Malaisie, ou encore ceux du Vietnam qui a multiplié par cinq ses exportations au Brésil cette année. Le Brésil, comme l'Europe, souffre de la surproduction mondiale. Un forum mondial est même dédié à ces surcapacités sidérurgiques : ses 28 membres se sont réunis fin septembre pour adopter un nouveau cadre d'action. Selon l'OCDE, l'excédent de capacité sidérurgique par rapport à la demande devrait encore augmenter ces deux prochaines années et atteindre près de 750 millions de tonnes. À lire aussiÉlections au Brésil: le duel Lula-Bolsonaro, un air de déjà vu
La banane, pratique à consommer et moins chère que la plupart des autres fruits, a plein d'atouts. Et les consommateurs le lui rendent bien. Ils sont de plus en plus nombreux dans le monde, et même en France, pays qui était à la traîne qui mais vient de rattraper la moyenne européenne. Derrière ce succès se cache cependant une filière sur laquelle pèse de plus en plus de menaces. « Le système bananier mondial est à un point de basculement », résume Denis Loeillet, économiste de la filière au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Que l'on parle de la production ou de la commercialisation, l'environnement dans lequel évolue la filière s'est considérablement complexifié ces dernières années, résume de son côté l'AIB, l'interprofession française. Difficile d'être exhaustif tant la liste des points de tension est longue. Parmi les défis majeurs du secteur figure la diffusion de la TR4, une maladie qui touche désormais 26 pays dont l'Équateur, le premier exportateur mondial. Cent millions de tonnes de bananes sont potentiellement menacées, selon une estimation du Cirad. Le changement climatique, qui se manifeste par une hausse des températures moyennes, perturbe le régime des pluies et a un impact sur les cycles fruitiers ainsi que sur les caractéristiques même des bananes, des fruits qui ont besoin d'une très grande régularité climatique, précise Philippe Pons, président de l' Association interprofessionnelle de la banane. Logistique sous tension La filière banane est directement affectée par les perturbations logistiques mondiales. Les variations du niveau d'eau du canal de Panama affectent les possibilités de navigation et donc le rythme des exportations. Le conflit en Mer rouge et au Moyen-Orient provoque des congestions portuaires, mobilise les conteneurs sur des routes plus longues et réduit donc leur disponibilité. La planification des trajets est devenue plus compliquée pour les opérateurs. Or, la banane est un fruit périssable, qui a besoin de flux réguliers. Autre facteur d'actualité qui pèse sur le secteur : la flambée des coûts de production. La guerre en Ukraine et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait bondir le prix des hydrocarbures, avec des conséquences sur le coût du transport maritime et terrestre mais aussi sur le coût supporté par les murisseries, ces établissements dans lesquels les fruits passent plusieurs jours, à une température très contrôlée. La hausse des coûts de l'énergie a aussi eu un impact sur le prix des engrais et des emballages en carton dans lesquels voyagent les fruits jaunes. La nécessité d'un sursaut collectif L'avenir de la filière est plus ou moins sombre selon les point de vue, mais « transition » et « changements » font désormais partie du vocabulaire des acteurs. Les producteurs ne feront pas l'économie de faire évoluer leurs pratiques, ce qui implique une réflexion sur l'usage des produits phytosanitaires et une accélération de la recherche variétale en amont : tout le monde est conscient que cultiver, dans les plantations commerciales, une variété unique, la Cavendish, est un choix risqué. Avec des coûts de production plus élevés et incompressibles, la rentabilité de la filière est désormais questionnée : il paraît difficile d'aller vers une banane plus durable, tout en gardant un prix aussi attractif qu'aujourd'hui pour les consommateurs. « La durabilité de la filière passe par une responsabilité collective et partagée », explique Philippe Pons. À lire aussiAu Sénégal, le gel des importations de bananes relance la production locale
Après l'Australie, le Brésil a atteint à son tour son quota d'exportation annuel de viande de bœuf sur le marché chinois. Résultat : la viande brésilienne se voit désormais surtaxée. La Chine avait imposé la mesure au début de l'année pour protéger sa filière de production. À partir du 1er octobre, le bœuf brésilien se voit fermer la porte du marché chinois jusqu'à la fin de l'année et la réinitialisation des quotas d'exportation. Selon les chiffres du ministère chinois du Commerce, depuis janvier, le Brésil a exporté plus d'1,1 million de tonnes de viande de bœuf. Désormais, la viande de bœuf provenant du Brésil sera visée par des droits douanes de 55% qui s'ajouteront aux droits de douane existants. Brasilia s'était préparée à cette échéance et certains transformateurs de viande avaient déjà commencé à licencier des employés ou à les mettre en congé collectif pour s'adapter à la baisse de la demande à l'approche du seuil maximal d'exportations autorisé par la Chine. Une concurrence accrue sur les marchés de report Le Brésil va donc devoir trouver des marchés de report pour écouler son bœuf, tout comme les autres grands producteurs de viande bovine qui auront atteint leurs quotas d'exportations vers la Chine. Cela devrait logiquement accroître la concurrence entre pays producteurs sur les marchés importateurs, comme la Corée du Sud, le Vietnam, le Japon mais aussi la Russie. Le Brésil, premier producteur mondial de viande bovine, peut néanmoins compter sur une viande compétitive sur un marché déjà tendu en raison, notamment, du réchauffement climatique qui pèse lourdement sur la filière. Les importations américaines de bœuf en hausse de 19% sur un an Les producteurs brésiliens peuvent également compter sur les États-Unis, où la filière bovine connaît une crise sans précédent. La production américaine chute depuis 40 ans. Résultat : des prix en nette hausse. En cinq ans, le prix du bœuf a augmenté de 50% aux États-Unis. « Les États Unis importent plus qu'ils n'exportent. Ils ne produisent pas assez de bœuf et les prix sont élevés. Cela crée une situation paradoxale : Donald Trump a détaxé les importations de bœuf argentin car il veut faire baisser le prix de la viande sur le marché américain », explique Jean-Paul Simier, expert de la filière viande et co-auteur du rapport Cyclope sur les matières premières. Les importations de bœuf argentin aux États-Unis ont ainsi augmenté de 500% au premier trimestre 2026. Le plafond annuel est passé de 20 000 tonnes à 100 000 tonnes. En août, Donald Trump a également annoncé l'importation de 300 000 tonnes de bœuf d'Argentine et du Brésil, destiné à produire de la viande hachée. Des produits qui ont bénéficié de droits de douane réduits. Objectif affiché par le gouvernement américain : importer de la viande maigre pour faire baisser le prix du steak haché américain, qui subit une forte inflation.
On l'utilise sous forme de cosmétique, et surtout dans les préparations culinaires pour remplacer le beurre de cacao. La campagne de commercialisation de l'année 2026-2027 du karité vient d'être officiellement lancée chez plusieurs producteurs du continent africain. Cette année, comme c'est le cas depuis deux ans, le commerce du karité est entravé par des restrictions à l'exportation. À ce stade, l'interdiction d'exporter des amandes de karité reste totale au Nigeria, en Côte d'Ivoire et au Mali. Le Togo et le Bénin autorisent l'exportation mais avec une taxe élevée. Au Burkina Faso, le régime est encore plus strict, même si sur le papier, l'interdiction totale d'exporter a été levée au mois de mai dernier. Au Ghana, la filière reste dans l'attente de restrictions annoncées par les autorités il y a plusieurs mois. Le pays est donc pour l'instant le plus ouvert aux acheteurs internationaux. C'est d'ailleurs là que les prix sont les plus élevés. Fortes disparités des prix Localement on constate de fortes disparités : au Ghana, les amandes de karité se négocient parfois à plus de 600 francs CFA au kilo alors qu'au Nigeria, le prix était la semaine dernière d'environ 300 FCFA/kg selon le bulletin agricole N'Kalo. À l'international, les prix sont globalement hauts en raison des tensions sur le marché, mais aussi à cause de l'influence du prix du beurre de cacao qui a augmenté ces six derniers mois. Or, le karité, une fois transformé, en est un substitut très prisé par l'industrie agroalimentaire. Les perspectives restent celles d'un marché tendu. C'est d'autant plus vrai que les gros acheteurs, qui représentent 60% du marché, se font encore très discrets en ce début de campagne. Dès qu'ils seront de nouveau acheteurs, les prix risquent de s'envoler, prévient un acteur de la filière. Réorganisation des circuits commerciaux Ces freins à l'exportation en vigueur depuis deux ans ont perturbé les circuits commerciaux. Il y a de nouveaux acteurs qui émergent, la hausse des prix attirant des intermédiaires qui n'avaient jamais travaillé dans le karité. Il y a aussi de nouveaux canaux d'approvisionnement. Les interdictions officielles sont contournées, sans grande surprise. Lors de la dernière campagne, des cargaisons d'amandes de karité sont sorties des pays qui ont fermé leurs frontières, même si les volumes sont impossibles à quantifier. Les usines qui pourraient, en théorie, transformer plusieurs dizaines de milliers de tonnes d'amandes ont néanmoins des difficultés à acheter. Certaines n'ont tourné l'année dernière qu'à 20 ou 30% de leur capacité. Cette campagne ne s'annonce pas plus facile pour ces gros industriels, qu'ils soient installés au Burkina Faso ou en Côte d'Ivoire. À lire aussiKarité, quatre pays producteurs ferment leurs exportations d'amandes brutes